Terrain ennemi


J’aurais pu m’y attendre.
Refuser de m’y rendre.

Partir à reculons.
Avec tant d’aversion

Pour ce pays maudit
Qui a enseveli

Mes amis, mes parents
Avec tous leurs enfants.

De leur sang, assoiffé
De leurs os, délecté.

Je reconnais sans peine à travers leurs yeux bleus
Du haut de leur carrure et leurs belles manières
Leurs ancêtres bourreaux qu’ils ont nommé « grand-père »
Et qui, quoi que l’on dise, encore sommeillent en eux.

Celui-là qu’a-t-il fait ? Juste conduire un train ?
Et cet autre là-bas ? Seulement fermer La Porte ?
Celui-ci Général commandant une cohorte
Et qui, le soir venu, pense avoir fait Le Bien ?

« C’est une vieille histoire ! Il faut tout oublier ! »
« Passer à autre chose, penser à l’avenir ! »
J’entends encore les cris recouverts par les rires.
Et j’attends des excuses pour pouvoir pardonner.

Cher Patrick, je t’en prie
Préserve mon avenir
De me voir revenir
En terrain ennemi.



28 Octobre 2003
© Dan Bigeard
Cercle Des Poètes Juifs

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