Chère Mamie : Gaby Rahel


Je me souviens encore du neuf cent quarante-sept,
Que je prenais souvent pour passer un Chabbat,
Un instant près de toi avant que tout s’arrête,
Un instant avec toi avant cette fameuse date,

Tu étais à la gare et toujours toute émue,
Assise près des bus tu guettais ma venue,
Et lorsque j’arrivais tu me serrais si fort,
Que j’avais l’impression d’être ton joyau en or,

Je me souviens encore de la place du Kikar,
Où ensemble nous restions le samedi soir si tard,
Nous conseillions Yossi le vendeur de livres,
Dans cette atmosphère Kadoch qui nous enivre,

Nous faisions les boutiques en vue de mon mariage,
Et tu me proposais les plus belles des parures,
Nous marchions sur le long des rues et de la plage,
Tout en tendant l’oreille au bruit du vent si pur,

Je me souviens des chabbatots chez les Cohen,
Avec Rahel ton amie si pieuse et si belle,
Pour moi c’était tout juste la plus grande des aubaines,
D’avoir pu vous connaitre toutes les deux chères Rahels,

Tu te rendais à la synagogue le samedi,
Comme tu prenais plaisir à écouter ces cours,
Tu entendais pourtant d’une oreille étourdie,
Et tu t’assoupissais en milieu de parcours,

Avec toi nous avons rencontré Déborah,
Qui le Chabbat prenait avec nous la séouda,
Nous parlions de la vie et de toute la beauté,
Qu’à crée Hachem notre tendre bien aimé,

Comment oblitérer tous ces moments radieux,
Passés avec la maitresse des petits chaussons,
Comment même songer effacer dire adieu,
A ton regard si simple si parfait et si bon,

Ensemble nous disions tout et nous devinions tout,
L’une à l’autre l’une de l’autre nous étions comme un tout,
Toi et moi Rachel nous formions l’étincelle,
La beauté et la grâce, la douceur éternelle…

Tu me donnais tout de ton amour, ta chaleur,
Et m’accueillais sans cesse avec la plus grande joie,
Je me souviens encore du goût de ta halwa,
Que tu achetais si fraîche en y mettant du cœur,

De tes petits croissants et de ton pain aux noix,
Que tu faisais chauffer au petit déjeuner,
Jamais je n’oublierai comme ils comptaient pour toi,
Comme tes fameux yaourts liégeois au café,

Et ta cuillère de nutella que tu te réservais,
Comme tes chips salées le soir à ton diner,
Devant tes émissions lorsque tu t’endormais,
Oui ce sont ces choses-là qui resteront gravées…

Tu jouais au loto avec l’espoir un jour,
De gagner une fortune et de tous nous aider,
Tu voulais notre bonheur et tu pouvais donner,
Tout ton être pour nous, d’un Hessed sans contour,

Tu étais pour nous tous ; la plus gracieuse des mères,
Et aujourd’hui tout le peuple compte le Omer,
C’est un deuil général que tu nous as laissé,
Nous pleurons tous et toutes ton départ cette année,

Mais tu nous as quitté en Nissan veille de fête,
Et nous as délivrés de toute la servitude,
De l’esclavage d’Egypte et des travaux si durs,
Nous laissant en retour une Matsa dans l’assiette,

La Matsa c’est la foi elle symbolise ton âme,
Qui s’extasiait, bougeait telle une petite flamme,
Et de ta Emouna nous avons tant appris,
De toi, l’unique pour qui nous ne mettrons pas de prix…



6 Avril 2015
© Léa Bokobza

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