Bonjour printemps
Le collier de turquoises


Le Valais est un Canton suisse, de culture composée allemand-français, langues officielles auxquelles se greffe un très ancien dialecte autochtone, le Romanche, encore enraciné dans certains de ses villages. En observant la carte de la Confédération suisse, il est situé côté Sud-Ouest, comme une partie du ventre du pays, partie la plus ensoleillée durant de nombreux jours de l’année. Raison pour laquelle combiné aux sports d’hiver, il attire des meutes de familles fortunées de l’étranger. Il endure un hiver moins rude que celui de ses voisins, Uri et Berne. Sa fréquentation est étoffée de visiteurs étrangers en toute saison de l’année. Son tourisme haut de gamme en fait une poule aux œufs d’or en ces dernières décennies. Des frontières étirées et jalonnées de villages frontaliers le séparent de la France et de l’Italie. De par sa situation climatique douce et tempérée, il est riche de vastes terres d’alpage et il y a crainte qu’elles diminuent comme peau de chagrin face à une urbanisation galopante et à l’achat effréné de terres et de chalets par de richissimes étrangers. Achat suspect de spéculation immobilière ou de blanchiment d’argent.

Les sports d’hiver drainent une population aisée et hétéroclite composée de nationalités diverses : suisse, française, italienne, anglaise, et plus récemment japonaise, chinoise et russe, un microcosme image de celle des Nations Unies. C’est une région parcellée de vals, vallons à vocation d’Alpages, fruitière et agricole et de tourisme moderne. Dans le Val d’Anniviers, l’un des verts et vaste alpage du Canton, qui abrite de d’immenses forêts, niche un charmant village du nom de Chandolin (1956m) , et d’où l’on peut apercevoir le Cap Horn un sommet du Cervin. Dans ce village, vivait dans la force de l’âge, le couple Henri Sudan et sa femme Henriette, un couple de valaisans de souche. C’est un couple sans histoire, solidement uni et sans rang social ostentatoire. Cependant, Henri était bâti d’une forteresse d’acier, un prométhéen prédestiné aux travaux rudes d’hiver. Il travaillait saisonnièrement pour la compagnie de remontées mécaniques, Grimentz-Zinal SA, la plus importante d’Anniviers. Ce travail exigeait des gants épais et isolants et des lunettes à verres opaques. Henri figurait parmi les « gros bras » de cette compagnie. Malgré la rudesse du labeur, il accomplissait consciencieusement et efficacement ses tâches avec une précision et une régularité d’une horloge mécanique. Il était apprécié de ses chefs et collègues à l’aune de son excellent rendement. L’été, il portait la casquette bleu-marine et le costume galonné de chef de réception dans un hôtel sélect du village.

Henri Sudan et Henriette Ily s’étaient mariés jeunes et eurent deux filles à l’écart d’âge important. Ainsi, quand l’ainée Elisabeth avait 22 ans, la cadette Perle avait 12 ans. Il est donc naturel qu’au vu de cet écart, ce vide, elles ne pouvaient ni jouer ensemble ni partager les mêmes classes ni les mêmes amis. Cependant, le destin les a gratifié d’une qualité rare : une grâce et une beauté qui les distinguaient lumineusement du lot des anodins et des anonymes. Deux petites Jayne Mansfield. Ou mieux celle de « la dame à la zibeline » de Léonard de Vinci. Qualité qui les sublimaient de tout ce qui les entourait et captaient le regard des proches parents et amis. Partout oú elles allaient, le regard des quidams leur collait à leur silhouette. Ces atouts, faisaient la fierté de leurs parents et à ce titre, elles illuminaient le village qui les hébergeait. L’adage populaire : «un fruit ne tombe pas loin de son arbre » tombait pile. En effet, dans leur jeune âge, Henri et Henriette n’étaient pas dénués d’atours naturels et naturellement, ils transmirent à leurs enfants ce que les rois d’antan eurent transmis génétiquement aux leurs. Ainsi, pendant de longues années, la famille Sudan mena une vie simple harmonieuse et déterministe.

Les remontées mécaniques étaient crissâtes, plaintives, et sifflantes, caractéristiques dues à une mécanique abracadabrante enchevêtrée de nœuds de câble et de poulies d’où partait une cacophonie métallique propre aux œuvres de l’artiste Tinguely . Un mouvement perpétuel kafkaïen. Henri quittait son travail lesté d’une fatigue pesante et languissante. Aussi pour se changer les idées, faisait-il une virée crépusculaire dans l’estaminet « au soleil d’or » établi dans la place du village. Là, il rejoignait des potes et des collègues, et glougloutait joyeusement quelques pichets de vin blanc du terroir. Et lorsque la bonne humeur de l’équipe allait crescendo, ce dernier entonnait en chœur le fameux chant des « Chevaliers de la table ronde »…dont l’écho retentissait jusqu’aux confins des monts voisins.

Au cours de conversations vivaces du groupe, les idées fusaient vectoriellement tendant à reconstruire un monde bancal, en mal être.

A la veille de fêter leurs quarante ans de mariage. Henri et Henriette étaient tout excités à la leur projet de « noce d’émeraude ». Henriette, toute enthousiaste à l’imminence de l’événement courut tout azimut afin d’acheter divers aliments raffinés : champagne, caviar, biscottes, amuse-gueule et petits fourrés à la manière de « Café de Paris ».Les femmes plus généralement que les hommes trépignent de joie à l’approche des anniversaires de mariage et tiennent à entretenir ce rite comme à la prunelle de leurs yeux.

Le dîner était bien entamé quand Henri posa cette question à Henriette. Chérie, es-tu d’accord qu’on fasse un voyage à Phuket, en Thaïlande ? J’ai envie d’aller à ce bout du monde…Tu sais ce qu’en disent des connaissances et les amoureux des voyages ? Il me vient à l’esprit des impressions populaires : « ça laisse une émotion unique ». C’est un séjour de rêve ». « Un séjour topissime ». « C’est un cadre luxuriant » etc. et enfin franchement, pour près de 20 CHF, on a une chambre dans le Hayatt, un hôtel de luxe qui te plaira! D’ailleurs l’écrivain français Michel Houellebecq l’a magnifié dans son inoubliable livre « Plateforme » publié en 2001 et que j’ai lu avec plaisir.

-Et je ne suis pas le seul. La Thaïlande fourmille de jolies filles et garçons prêts à rendre service sur n’importe quoi et à n’importe qui !

-« Mmm ! Je vois ou tu en veux venir ? Bon d’accord, on y va. C’est une idée nouvelle et ça change des îles truc machin genre Ibiza ou l’on s’empiffre de Pizzas, glaces et churros.

-Mais Henri, qu’est-ce qu’on fait d’Elisabeth et Perle ?

-Je pense qu’on les enverra chez ton oncle qui habite Paris. C’est une ville belle, magnifique, irrésistible, et oú elles s’y plairont. Les distractions, les spectacles en tout genre y foisonnent. Et puis, il faut une fois dans sa vie faire ce voyage, ça forme le caractère. « Paris vaut bien une messe » disait Henri IV, mon homonyme ! A cette insinuation, Henriette tressaillit d’un petit rire complaisant.

Au mois de juin suivant, ils prirent le train jusqu’à Zurich, puis de là, l’avion jusqu’à Phuket.

Ils s’installèrent dans le Hayatt, un hôtel de luxe qui leur convenait en tous points et dont le personnel fût aussi minutieux et attentionné que dans une clinique suisse. Ils passèrent des jours heureux. Les circonstances leur permirent d’assister à une fête nationale parant la ville de sons musicaux et folkloriques des plus originaux et festifs. Ainsi le vœu d’Henri fut accompli dans les meilleures conditions. Après ce séjour exquis ,ils quittèrent Phuket les yeux pleins de lumineux souvenirs, en pensant que peut-être ils recommenceront ce voyage lors de leur « noce d’argent ». L’avion décolla de nuit et prit de l’altitude comme il le faisait d’habitude. A mi-chemin Phuket-Zurich, le team pilote-commandant entendit avec effroi un choc violent sous la carlingue et n’eut pu envoyer une alarme de détresse à la tour de contrôle la plus proche. Soudain, l’avion explosa et retomba en milliers de morceau dans un silence sidéral et mortifère. La nouvelle se répandit aussitôt. Les premiers secours arrivèrent et furent estomaqués de ce qu’ils découvrirent. Un spectacle affligeant, un chaos apocalyptique, crevait les yeux. Des corps, des objets hétéroclites, des bagages violentés, des morceaux de ferraille contorsionnés, étaient disséminés à des kilomètres à la ronde. Hélas, Henri et sa femme y périrent tragiquement. Leurs corps ou des morceaux identifiés furent rapatriés au Val d’Anniviers. Les accidents d’avion frappent dans la masse et on y dénombre un nombre terrifiant de victimes non identifiables. Ils y laissent peu de place à une survie, voire à une sépulture. Les corps y sont pulvérisés et anéantis à jamais. La mort y est immédiate et radicale, seule la mémoire des vies d’un anéantissement total subsiste.

Les corps du couple Sudan, du moins ce qui a pu être cueilli lors des fouilles pénibles, furent rapatriés à Chandolin ou les cérémonies funèbres et le recueillement silencieux, leur rendirent hommage. Ils y furent incinérés un dimanche lugubre et noir. Elisabeth et Perle terriblement affectées par cette mort, rentrèrent au village et subirent leur deuil, dans l’appartement de leurs parents, réconfortées et soutenues par l’affection de leurs proches, de leurs amis, des collègues d’Henri ainsi que de nombreux villageois compatissants.

Peu de jours après, des centaines de billets de condoléances affluèrent sur le bureau d’Elisabeth auxquels elle ne tardait pas à répondre le cœur serré et les yeux en larmes. Elle décida de garder Perle auprès d’elle, de la protéger, de l’accompagner et de lui rendre la vie aussi heureuse qu’autrefois. Elle manifesta envers elle la vocation de mère qui dormit profondément en elle. Cette mue est propre aux jeunes femmes en fin de célibat. Ainsi, malgré la blessure du destin, Perle reçût lentement, patiemment, un indéfectible amour d’Elisabeth, celui de sa propre mère que le malheur le lui ôta. Un soutien moral et psychique digne de professionnels. Ainsi, peu à peu, Perle sentait son cœur se remettre en place. Le temps, le temps, ce formidable Ersatz d’espoir de d’avenir est un bon réparateur. Perle avait maintenant 14 ans, en pleine action émotionnelle et sentimentale, en pleine fleur de l’âge. Désormais, elle sait lire, penser, comprendre, chatter et aimer… Cependant, une idée persistante la titiller, l’agitait intérieurement. Elle fit le vœu d’offrir à sa sœur Elisabeth un cadeau précieux, un geste fort, en récompense à sa gentillesse, à son amour sororal infini et constant. Aussi pensait-elle, même si c’eût été au- dessus de ses moyens, elle lui offrirait quelque chose de précieux, de cher, d’éblouissant, et dont elle savait d’avance qui lui plaira. Cela ne pouvait être qu’un pendentif, un collier, tel qu’Elisabeth souhaitait en posséder. Mais elle le cherchera elle-même, elle l’achètera, de ses deniers, même s’il doit lui en coûter une fortune. Qu’importe ? Elle est prête d’attendre le moment propice, le moment providentiel, opportun et magique Noël peut-être ? Et elle se garda bien de divulguer son secret de crainte de tuer son projet dans l’œuf. Un secret doit être gardé aussi longtemps que l’on vit.

Le printemps suivant, Perle séjournait à Paris avec sa sœur, pendant une longue semaine de Pâques. Au cœur de cette saison, Paris grouille de touristes venus du monde entier. Ses parcs et ses promenades, respirent l’espoir et le renouveau. L’air est frisquet et le plaisir est dans cet air printanier. Si parfumé et multicolore, propice au rêves de jeunesse. Voir au petit matin les étalages multicolores des marchands de fleurs, est un des plus doux spectacles. S’éblouir d’un macadam étincelant, fraichement rincé par les machines arroseuses municipales, quelle façon de tuer le stress ? L’écrivain Marcel Proust, un lève-tôt, aimait crapahuter le long de ses trottoirs et angles de rues et oú il notait dans son carnet les noms des fleurs dont il aurait tisser ses romans. Il ne pouvait cependant pas trop les approcher de près, en raison de l’asthme dont il souffrait. De même, les kiosques à journaux étaient fleuris d’affichettes colorées sentant encore l’encre d’imprimerie.

Samedi est le jour préféré pour flâner. Perle après avoir obtenu une permission de son oncle de « faire un petit tour en ville » marcha Cachin cacha, fit du « lèche-vitrine». Enfin, elle se trouva incognito dans la « rue St Honoré », la très chic rue aristocratique et royale de Paris, centre rutilant de bijoux et pierres précieuses de la « ville lumière ». Les présentations savantes et sélectes de vitrines la happèrent, la fascinèrent, l’enivrèrent. En particulier, son regard fut judicieusement posé comme une sangsue sur une vitrine lumineuse de bijoux de pierres naturelles de couleur. il y en avait des unes et des mille, il y en avait pour les tous les goûts, de luxe bien sûr. Cependant, au milieu de cette profusion d’objets, elle eut un fort sursaut du cœur en tombant sur un collier de taille moyenne, un collier de turquoises, de sa pierre préférée. Ca y est se dit-elle, il me plaît, et c’est ça que je désire offrir à Elisabeth ma chère sœur, je le veux, et elle le mérite. Elle sonna à la porte, puis elle entendit un mécanisme magique ouvrir la porte, barrée par un majordome élégant et ganté. Puis Perle fut conduite délicatement dans un style feutré vers une belle hôtesse souriante, affable, qui la fit asseoir poliment.

-Mademoiselle, désirez-vous un verre d’eau ou une limonade ?

-Oui, merci madame, je préfère un verre d’eau répondit timidement Perle.

Puis l’hôtesse lui présenta le collier et lui posa naturellement quelques questions d’usage. Pour qui désirez-vous ce collier ? Mais chère demoiselle, savez-vous qu’il coûte un gros montant ? Perle répondit qu’elle a fait un vœu de l’offrir à sa sœur en lui créant une surprise, insista-t-elle.

-Combien disposez-vous d’argent mademoiselle ?

-Un peu, tout ce que mon petit cochon m’a économisé!

-Interloquée, l’hôtesse dit « Mais mademoiselle, peut-être est-il préférable que votre sœur vienne d’elle-même munie de la somme nécessaire, maintenant, vous voyez que votre bourse n’y suffit pas » !

-Non, répondit Perle, je le veux sans que ma sœur vienne ! J’aime beaucoup ma sœur et je veux la récompenser pour tous les soins et biens qu’elle m’assure chaque heure, chaque jour. Mes parents sont morts accidentellement et c’est elle qui les remplace maintenant. Je veux lui exprimer ma reconnaissance. S’il vous plaît, aidez-moi, comprenez-moi, et elle coula quelques larmes de chagrin.

-Mademoiselle, la situation est pour moi complexe, je ne peux pas décider de vous laisser ce collier à un si bas prix ! Attendez-un instant, s’il vous plaît.

La vendeuse impeccablement manucurée, téléphona à son supérieur, un adjoint de direction. Elle lui exposa le problème et l’embarras dans laquelle la jeune cliente la plongeait.

-Allo, allo ! Oui je vous écoute. Patientez un moment, j’arrive. Nous n’avons jamais eu à traiter un cas pareil. Au bout d’une demi-heure, l’adjoint du directeur, se présente aussi impeccablement vêtu. L’homme est grand et élégant, au propos lent et mesuré.

Après avoir pesé la problématique de la situation l’homme fut surpris lui-même du nœud du problème. Il s’agit non d’un problème commercial mais d’un cas de conscience et de dépassement de soi, d’une exception, d’un cas de sauvetage d’une âme en difficulté majeure. Alors il dit à perle, « ma mignonne, je vais essayer de résoudre cette affaire, comptez sur moi ».Revenez demain avec votre sœur, lundi, je veux la voire.

Perle insista » mais Monsieur, je ne veux pas que ma sœur le sache maintenant ? C’est pourquoi je suis venue toute seule ! Je veux lui faire la surprise même si je dois vous rembourser la somme créditée toute ma vie !

Le directeur adjoint fut soudainement pris d’un remord. Il se mit à réfléchir un instant et une idée lui vint providentiellement. A la fin de l’année, comme les autres années, il reçoit un bonus substantiel, couvrant largement le montant du collier. En outre, il est vice-président d’une association d’aide aux enfants handicapés et en difficulté sociale. Alors le cœur plein de mansuétude, il invita la vendeuse à préparer le collier dans son écrin, et à le remettre à Perle. Il comprit qu’Elisabeth la sœur, s’est conduite en sainte et en une femme au grand mérite affectif et éducatif. Un geste qu’aucun grand humain ne saurait mésestimer, fût-il inabordable.

Perle quitta guillerette, la boutique de luxe, et sauta pas à pas les quelques ruelles qui la séparèrent du domicile de son oncle.

Le lendemain, au déjeuner, elle posa délicatement l’écrin dans le creux de l’assiette de sa sœur Elisabeth.

Quand celle-ci prit place bientôt, elle fut stupéfaite, sidérée, le souffle coupé, lorsque son regard se posa sur son assiette. Elle dit alors tout à trac : Perle qu’est-ce que c’est cette jolie chose ?

-C’est un cadeau pour toi, ma sœur. Je l’ai choisi pour toi. Il s’appelle « merci pour tout, merci de tout mon cœur ». Elisabeth ouvrit délicatement l’écrin poussa aussitôt un cri de stupeur ! Quelle merveille ce collier de turquoises, j’adore …Mais perle oú as-tu trouvé cet argent pour l’acheter ?

-je ne l’ai pas acheté, on me l’a offert, voilà, c’est la vérité. Mmm, c’est quoi cette histoire rumina-t-elle! Bon je vais vérifier tout cela. Elisabeth alla lundi à la boutique et demanda des précisions au sujet de son collier. L’hôtesse la reçut poliment et lui résuma l’inextricable démarche. Celle d’une fille qui aima passionnément sa sœur au point de fendre le cœur du directeur adjoint. Elisabeth en fut emplie de joie et de secrètes larmes ruisselèrent sur ses joues. Elle retourna à la maison et enlaça fort Perle, encore et encore. Enfin, elle gouta du bonheur.

Elisabeth essaya le collier de turquoises et elle en fut ravie et fière. Un désir exaucé depuis fort longtemps.

Les jours passèrent et un mois plus tard, elle apprit que le directeur adjoint de la boutique, l’émérite donateur du collier de turquoises fut le lauréat d’un super prix, une belle limousine Mercédès gris métallisée, gagnée au cours de la tombola d’une association humanitaire à laquelle participait une foule de stars et de célébrités. Elle pensa : « Un bienfait n’est jamais perdu ».



8 Mars 2016
© Burt Hann

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