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Haro sur la femme enceinte


Paquet fragile. Il ne faut pas toucher à la femme enceinte, je répète, il ne faut pas toucher à la femme enceinte.

Elle était bannie, bannie du doigt, montrée à la vindicte populaire.
La remplaçante de sa chef l’avait mise dans un petit placard, elle qui prenait tant de place. Un petit placard où elle cherchait de l’oxygène pour elle et son enfant qu’elle allait bientôt perdre. Tous les jours appels angoissés de N, la remplaçante qui ne savait pas quoi faire, comment …à peine posait-elle son corps lourd sur cette maudite chaise que N lui téléphonait et la stressait, incapable de gérer.

Prise de détresse, la femme enceinte avait écrit à sa chef en congé maternité pour lui faire part de son désarroi. Pour seule réponse, le silence, et pour seul agissement, une raréfaction de l’air avec mesures de rétorsion de N, avertie du courrier. N la mit dans un endroit froid chaud, chaud froid où Elle tombait malade, angine, rhino-pharyngite… elle qui déjà vomissait dans les WC leur haine.

Pendant 4 longs mois, elle subit brimades et humiliations mais tint bon, personne n’avait remarqué son trésor caché dans son ventre. Le trésor ne fleurit pas, il mourut dans la quasi indifférence de ses collègues et de sa chef. Déborah, sa petite fille fut un enfant mort-né selon le terme consacré, un enfant malformé, pas viable.

Quelques mois après l’enterrement de son bébé, la femme revint à son travail, n’attendant rien de cet endroit ni rien de personne.
Elle pleura pendant deux longues soirées, le placard était de plus en plus étroit, sa chef qui babillait au téléphone avec son trésor, l’avait mise à ses côtés. Durant 8 longues heures, sa chef, C la surveillait, l’épiait, scrutait les moindres faits et gestes de l’ex-femme enceinte. Elle lui retira toutes responsabilités, tout travail et la laissa végéter dans un quasi-dénuement, un appauvrissement intellectuel et laborieux. Les autres étaient, à de rares exceptions près, distants et malveillants à son égard, la mort fait peur et ils pensaient aussi à leur avancement.
Ne pas fréquenter une pestiférée, ne pas la fréquenter sous peine …

Elle décida d’agir, par peur d’une grave dépression, passa tous les examens possibles et inimaginables pour partir en formation continue, jeune faon faible sur ses quatre pattes. Elle les passa après l’enterrement de sa petite fille, en plein chagrin et confusion mentale, elle ne comprenait plus rien, les mots lui étaient devenus étrangers, seuls l’amour de ses proches, les bras de son ami la nuit la soutenaient.

Elle fut reçue à l’université un jour après qu’ils l’avaient convoqué pour un avertissement, pour la virer. Elle fut provisoirement sauvée grâce à cette acceptation de formation mais aussi grâce à un magnifique bébé qu’elle avait dans le ventre… Mais la nouvelle femme enceinte ne fut pas au bout de ses peines, elle partie de son travail, sans regrets, pour étudier à l’université

Et là, surprise, elle fut conspuée et méprisée par sa directrice qui ne supportait pas qu’elle soit enceinte car cela perturbait son organisation bien huilée. Elle paya cette insouciance, cette envie d’être mère par les ricanements de cette directrice qui voulut l’empêcher de partir en congé maternité et qui lui rit au nez en s’esclaffant qu’elle aussi avait perdu deux bébés. La femme enceinte fut choquée que l’acte le plus beau au monde fut à ce point dénigré. Sans rien dire, aidée de son ami et de camarades de promotion, elle alterna tétées et devoirs. Le seul oral qu’elle passa fut un oral où il lui fut reproché son manque d’organisation ! Trois hommes qui savaient qu’elle avait accouché et qu’elle allaitait…Il lui fut aussi reproché son manque d’empathie, c’est vrai, elle avait tout envoyé à la dernière minute et ne s’était pas rendue compte du souci que cela représentait pour eux. Elle fut donc sanctionnée pour la forme et pour avoir arrêté son action de bénévolat dans une entreprise deux mois avant, action obligatoire pour obtenir son diplôme.

Trouver un stage ne fut pas simple non plus, ses interlocuteurs l’obligeaient à dire qu’elle avait une petite fille de 2 mois et elle sentait dans leur propos que c’était un frein pour eux. Tout était clair pour eux, elle prenait une nourrice et hop, elle venait à l’heure dite…Mais, elle répugnait à laisser sa petite fille qui pleurait quand elle était absente, qui criait quand elle prenait le biberon et qui cherchait désespérée le sein de sa mère.

Elle décida d’oublier temporairement son petit trésor, son petit paquet le temps de travailler puisqu’il gênait les autres et faire comme s’il n’existait pas …

Voilà à quelles extrémités ils l’avaient réduite mais elle savait que dans son cœur et dans son âme, sa fille serait toujours là pour la vie.



31 Mai 2006
© Anna Castro

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