Au Commencement


Au commencement, une espèce d’excitation, mes mains ressentent un fourmillement et je me sens vaincue. Le mal s’est abattu sur moi : j’ai la fièvre acheteuse et fatalitas ! C’est la période des soldes. Le scénario se répète inlassablement, je rentre dans le magasin et je rafle tout ce que je trouve... Palpitations, montée du plaisir et moment suprême, je claque tout mon argent et repars épuisée de cette lutte terrible. L’abattement ne viendra qu’après quand je découvrirais ces horreurs griffées, inventées par des grands couturiers. Une jupe à pois jaunes et rayures noires, un tee-shirt fluo où s’étale la marque, et un petit short rose vichy qui irait mieux à mon chien ...

Au commencement, je t’ai vu et tu me plais. Je n’y peux rien mais à voir ton sourire, je me dis que j’en ferai bien mon quatre heures. Et là je déploie dans une secrète honte, toute ma batterie de charme, rien ne m’arrête, je commence par un sourire qui répond au tien, puis je t’adresse un geste amical, enfin, n’y tenant plus, je m’assois à côté de toi, près du bar. Je vérifie en toute discrétion si tu es marié ou pas et puis selon, je pars à ta conquête. Là, j’utilise plutôt mon arme favorite : les mots et je suis en toute modestie spirituelle. En un quart d’heure, je t’ai infligé toutes mes lectures diverses et variés et soit tu blêmis de plaisir, tu irradies, soit tu prétextes un rendez-vous et t’éclipses, affligé par ces pseudos-intellectuelles ! Si tu es totalement illuminé, à l’intérieur et à l’extérieur, je te laisse là et te donne un autre rendez-vous après un mystérieux au revoir. Je sors du bar dans un léger balancement qui te permettra d’entrevoir mes jambes sous ma jupe courte.

Au commencement, je m’adonne à un sport, et là, je me suis laissée entraîner par ma meilleur amie qui est devenu en un instant ma pire ennemie ! Du sport en salle, haltères et compagnie. Elle se tient dans toute sa splendeur, pas une goutte de sueur, alors que non seulement, moi, je souffre mais que je transpire tel un vieux rhinocéros des savanes. Et le prof qui me regarde avec pitié et me souffle à l’oreille, l’air goguenard, c’est la première fois, hein ? Oui, c’est le début, cela te regarde ? Je réponds dans une grimace, honteuse, oui...Et alors, quelle idée d’infliger à son corps ce genre de tortures, de courir sur un tapis qui ne mène nulle part, de ramer sur une fausse barque.... Plus jamais, on ne m’y reprendra !

Au commencement, je prends un thème, tiens et si c’était le commencement. Et là, je me laisse entraîner par des personnages que je ne connais pas, qui n’existent pas et qui ne se sont même pas présentés. Ils arrivent sans crier gare et repartent sans je sache leur nom, leur adresse encore moins leur passé ! ! ! J’ai envie de les retenir mais ils ne deviennent plus que des personnages falots et fades, des spectres, du papier mâché.
Voilà, trois petits tours et puis s’en vont.



8 Octobre 2003
© Anna Castro

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